(Pour info, réponse envoyée Pierre
Cloutier, concerne la sociobiologie )
Bonjour Pierre,
Au sujet de ta page sur la sociobiologie,
sociobiologie.html, voici quelques commentaires ni humanistes, ni larmoyants, ni
moralistes, comme tu le constateras.
Tu écris : << On dit que les sociobiologistes sont des
« anti-humanistes ». Mais qu'est-ce que cela a à voir ? Depuis
quand une science est-elle jugée sur la base de son
« humanisme » ? Est-ce que pi est humaniste ? Est-ce que
E=MC2 est humaniste ? La bombe ne l'est pas mais l'équation, elle, est
vraie ou fausse ; c'est tout. Si la sociobiologie est fausse, et elle l'est
sûrement par-ci par-là comme toutes les théories nouvelles, alors j'attends
qu'on me montre où. >>
Je ne sais pas ce que tous les autres en disent et
je m'en fiche un peu. Je ne vais pas juger éthiquement de cette discipline
et je ne nie nullement l'origine héréditaire de maints comportements ; mais
je remarque que tu résumes les critiques émises sur la
sociobiologie d'une manière caricaturale ; et que tu n'apportes
dans ta page aucun argument ni même tentative d'explication en faveur, ne
serait-ce que de l'aspect scientifique de
celle-ci.
Les gens ne sont pas tous aussi caricaturaux que ta
page et n'ont pas tous un a priori "humaniste ou moral" pour considérer
la sociobiologie comme un leurre peu scientifique, dissimulant un arrière
fond idéologique.
Il me semble qu'il aurait été opportun dans
ta page, de distinguer en premier lieu deux disciplines qui s'imbriquent
mais qui n'ont pas les mêmes connotations idéologiques, à savoir :
a. le darwinisme social et b, la sociobiologie.
J'ai bien peur que l'idéologie véhiculée par
"a", ne pâtisse sur "b". Je le regrette aussi; mais même en
faisant cette distinction, il reste que la sociobiologie n'a pour l'instant de
"science" que le nom.
Voici un préambule
de réflexion et quelques points :
Les formulations sont d'une extrême
importance lorsqu'une science prétend étudier les comportements animaux :
ceux-ci sont tous exprimés par des mouvements, et pour les
expliquer, la langue et la syntaxe sont le seul
outil dont on dispose. En revanche, pour les décrire, les transcrire ou les
observer, une caméra vidéo peut être un excellent outil...
Exemple d'énoncé évolutif incorrect : <<
L'espèce humaine s'est redressée pour mieux voir et courir
dans les savanes >>
Exemple d'énoncé
darwinien correct (basé sur du
factuel*): << La souche ayant donné l'humain s'est un jour
redressée, suite à divers facteurs, et a ainsi pu (mieux)
survivre dans son environnement >>
(* factuel car
on le constate : 1, nous existons et 2, nous avons une posture
érigée...) Nous sommes d'accord jusqu'ici ?
Allons au grain maintenant :
1 . D'abord, il existe déjà des sciences (ou des
disciplines) qui étudient le comportement animal (y compris celui de
l'espèce Homo sapiens), d'autres qui se spécialisent dans le
comportement humain dans son ensemble, ou plus particulièrement par son
aspect social et médical. Aucune de celles-ci ne propose d'ignorer les
facteurs innés, ni ne prétend les distinguer avec précision des
facteurs acquis, ni n'a la prétention qu'il n'y aurait pas combinaison des deux
dans bien des cas, avec prépondérance de l'un ou l'autre dans d'autres cas,
etc.
Dans ce sens-là, la sociobiologie est un dogme
réductionniste car elle est basée sur les
définitions/énoncés de son concepteur, qui sont en fait leur fondement
principal. Ces prérequis sont non scientifiques,
quasi mystiques, qui donnent une sorte de volonté intrinsèque à tout
organisme, une espèce de but : "répandre ses gènes"...
C'est un
dogme, et voici le raisonnement qui m'amène à le penser.
Exemple d'énoncé typique et récurrent de
de sociobiologie (lu sur un site de sociobiologie) : << Tous les comportements d’un individu obéissent à une loi
fondamentale, diffuser ses propres gènes d’une façon aussi large que
possible. Ainsi, l’agressivité (qui conduit à éliminer tout rival sexuel),
l’altruisme (qui s’applique aux membres d’une même famille portant certains
gènes identiques) ne poursuivent pas d’autre but.
>>
Je suis bien navrée mais un énoncé - sous cette
formulation - n'est qu'un dogme (voir préambule), et il l'est déjà,
même pour les organismes les plus simples. C'en est un par la manière dont
il est formulé, car biologiquement (hors de toute affirmation péremptoire),
on ne peut affirmer que ceci : Un organisme vit (ou survit)
quelque temps, grâce entre autres à ses comportements, et arrivera (ou pas)
à se reproduire durant sa vie, du moment qu'il a pu le faire malgré les
prédateurs et les dangers, etc.
La loi fondamentale que propose l'énoncé en bleu n'en est
pas une du moment que le simple fait de vivre suffit à l'existence. <<
Diffuser ses propres gènes >> n'est qu'une
valeur artificielle, une fonction ajoutée - a posteriori - comme
finalité, sur des organismes qui ont survécu et ont pu transmettre leurs
gènes. C'est équivoque et quasi mystique de la manière en bleu :
Un fait, un état, ou un procédé que l'on constate n'est pas une
finalité.
=> le fait (ou processus) de
transmettre ses gènes et d'avoir une descendance prolifique face à la pression
sélective, car l'organisme était suffisamment préadapté et que
l'opportunité de se reproduire était là, SUFFIT à expliquer tout organe,
fonction, et comportement (naturels) chez un organisme. Les êtres vivants
existent et se reproduisent sans besoin de loi
fondamentale, ni d' obéissance à quoi que ce soit, ni
de but.
L'évolution darwinienne se passe et d'obéissance et
de buts (finalités) : la pression sélective* exercées sur les
variations** aléatoires et les opportunités, suffisent à expliquer l'évolution
du vivant et sa résultante, la biodiversité.
=> Cette pression sélective s'exerce sur le
phénotype. Ni sur les gènes ni sur des "mèmes" (2) Et
quand bien même Dawkins pondrait un 4me livre pour étayer son inepte gène
égoïste, avec pour seul élément que le phénotype est le miroir du génotype
et vice-versa, (on le sait tous) il reste que cette pression s'exerce bel et
bien SUR le phénotype.
Donc autant le texte en bleu n'est pas
foncièrement faux, autant en écrire un autre en remplaçant << gènes
>> par << descendants >> ou << caractères >>
est tout aussi correct, sinon plus...Ce qui est INCORRECT est d'ériger un
seul aspect, celui du génotype, au rang de LOI
FONDAMENTALE, alors que ce n'est qu'une formulation d'un processus qui comporte
au moins deux facettes - génotypique-phénotypique - , dont une seule des deux
subit directement toutes les contraintes de la
pression sélective.
(2) le concept de << mème >> et de
<< gène égoïste >>, c'est pourquoi je les amène
ici, sont eux aussi récurrents dans toute proposition de
sociobiologie moderne : cette redéfinition de la biologie, comme
science de la duplication d'idées plutôt que de la matière - dont
s'est fait une spécialité Dawkins en poussant la ràflexion à son paroxysme,
donne des élucubrations ridicules. Le terme << mème
>> n'est en fait qu'un synonyme d'idée ou comportements transmissibles,
culturellement, mais n'a encore pour ce dernier aspect aucune
vérification biologique... Sauf bien entendu si le terme est pris sous sa
signification de comportement héréditaire. Dans ce cas, qu'apporte de plus ce
nouveau terme ?
Navrée de réduire un "must" aussi branché et
in que le concept de "mème" à ce qu'il est vraiment...
* sous différentes modalités
** idem
2. Ensuite, pour accoler le mot
biologie à social, il faudrait déjà que
cette discipline arrive - ne serait-ce qu'une fois - à démontrer la moindre
propriété génétique à ses énoncés. Pour autant que je
sache, depuis Mendel tout caractère héréditaire se transmet selon certaines LOIS
(de vraies lois, vérifiables, expérimentables, et prédictives) et non
pas comme celles préconisées ci-dessus en bleu. L'_expression yeux
bleus a été assigné à la notion de récessivité car et les deux parents
doivent être obligatoirement porteurs de l'allèle, et le
descendant doit obligatoirement hériter des 2 allèles pour
exprimer yeux bleus, oui ou non ?...
Est-ce que ce genre
d'élémentaire vérification héréditaire a pu
être, ne serait-ce qu'une fois, accolée à un comportement
humain ? Négatif.
A-t-on ne serait-ce qu'une fois pu, grâce à la sociobiologie, déterminer
qu'un comportement devait avoir son "gène" sur un chr. sexuel ?
Négatif
Je ne considère pas le comportement
humain comme intrinsèquement différent de celui des autres espèces - mais les
comportements des primates et autres espèces sociales qui passent par une
période d'apprentissage (dont notamment les humains) ont une très forte
connotation culturelle, transmise culturellement, qui exerce sans aucun doute
des pressions sur les populations (ne serait-ce que les guerres pour citer
l'humain): ce dernier point rend cette jeune discipline réductionniste par
le fait qu'elle PRETEND rendre compte, par le seul
aspect "biologique-génétique" ; aspect que déjà cette discipline ne
peut étayer de par la complexité d'un comportement.
=> On ne sait déjà que très difficilement
identifier un gène, même chez une fourmi, encore moins le localiser et en
expliquer les modalités de son _expression. Pour ce qui est d'un
comportement élaboré et complexe, avec souvent des imbrications mimétiques
et acquises.... Oh là là.
C'est un des grands problèmes de cette discipline:
par sa prétention de science biologique, elle est inféodée aux découvertes
et avancées de la génétique. Ne pouvant rien faire sans la première, la
sociobiologie ne peut pour l'instant que spéculer sur des scénarios évolutifs,
et notamment sur :
- des comportements qu'elle ne peut dissocier
ni distinguer clairement de la corresponsabilité
de l'environnemental, ou du culturellement acquis.
- de vagues spéculations appliquées, empruntées aux
scénarios évolutifs chez des insectes sociaux : altruisme, parentèle, etc. Des
hypothèses qui à leur tour sont âprement discutés car ce ne sont encore
que des scénarios évolutifs qui furent à l'origine élaborés pour faire
rentrer des modèles sociaux, en apparence contradictoires, dans
un paradigme ultra-darwinien, où tout devait avoir une explication
évolutive... De l'eau a coulé sous les ponts depuis ces thèses, et sans remettre
l'évolution darwinienne en question, des déterminismes embryologiques et
aléatoires ont été découverts, qui apportent leur contribution au
moulin.
- sur une hérédité de comportements souvent très
complexes (primates, oiseaux, cétacés) qu'elle sait pertinemment être transmis
culturellement pour certains, et dont elle spécule sur leur origine biologique
exclusive ; car cette discipline, la sociobiologie, ne peut ignorer que
langage chez certaines créatures signifie réponse physiologique à des stimuli
chimiques , mais des phénomènes bien plus complexes pour d'autres
organismes.
Une liaison réductionniste entre les deux que prétend faire
la sociobiologie, mais comment ? En toute ignorance du
reste...
Je termine provisoirement sur la
constatation que la sociobiologie, se posant en science
originale traitant de comportements hérités - expliqués
exclusivement par bénéfices évolutifs - s'isole des autres disciplines et ne
peut s' "étayer" que par des auto-référentiels, dont j'en ai lu une
partie. Ils sont endémiques à tous leurs énoncés, et ne sont pour
certains ni des éléments objectifs en biologie évolutive, ni en
génétique :
- la notion de "fitness" : n'est utile que
pour formuler des réflexions évolutives, elle n'est en aucun cas un
paramètre biologique,
- la notion de "meilleurs gènes"
(cachés), notion amenée - sauf erreur - par Mayr, pour expliquer la
sélection sexuelle, par la femelle, de certains facteurs "handicapants"
chez le mâle (la queue du paon par ex.) et proposer un avantage sélectif dans
une sélection sexuelle qui semblait boiteuse.
Ces "meilleurs gènes" mystérieux de Mayr sont un
élément accrocheur âprement discuté, et actuellement tombé en discrédit car ne
reposant sur rien d'autre que la volonté de
voir un avantage dans TOUT processus naturel : un dogme
ultradarwinien (c-à-dire outrepassant les énoncés de l'évolution
darwinienne) basé sur des idées que rien ne .
etc. etc. etc.
Bref, à lire quelques propos de ce site-ci,
http://www.sociobiologie.com, même en
faisant abstraction de la maladresse rédactionnelle de ses auteurs qui en dit
tout de même long sur leur "fitness" culturel, le ridicule est
atteint depuis longtemps. Et comme tu le constates, cher ami, je n'ai
encore fait aucune allusion aux références habituelles (des racistes
militants pour la plupart) dont les sociobiologistes parsèment
leurs biographies.
On peut donc émettre de sérieuses réserves
épistémologiques et non éthico-humanistes (il y en a bien d'autres mais je n'ai
pas que cela à faire) sur la sociobiologie telle que PRATIQUEE par leurs
manitous actuels, qui n'ont pour leur part aucun des scrupules de Dawkins ou de
Wilson (eux je les respecte pour leur intégrité scientifique), mais qui
ressemblent tous à des racailles d'idéologues quelque peu racistes.
***
*** Tu me permettras cette dernière remarque
"moraliste" en guise de conclusion, car même si tu sembles porter un regard
un peu naïf sur cette discipline, moi j'ai un peu de kilométrage et je n'ai
encore rencontré aucun disciple de cette discipline qui ne soit pas un
idéologue en gestation... Ou même un raciste qui s'ignore ou
qui l'avoue. Tu sais comme moi que les racistes le
prétendent rarement ouvertement, et j'ai une hypothèse personnelle qui me vient
de ces questions que je me pose :
1- qu'est-ce qui amène une personne a s'engager
dans la sociobiologie, alors qu'étudier la biologie
évolutive+(ou)génétique+(ou)neurologie+(ou)psychologie+(ou) sociologie lui
apporterait bien plus de réponses à ses questions
?
2- qu'est-ce que la sociobiologie (science hybridée
non reconnue) a d'original ? - pourquoi ne pas s'investir dans la
psycho-génétique en ce cas ?
3- Pourquoi ne pas pas inventer
l'éthoneurogénétique ?
J'ai une proposition de réponse mon cher
Pierre : pourquoi pas parce que ce qui fascine dans cette sociobiologie sont les
thèses des ses fondateurs historiques ? (voir Galton et consorts).
Une hypothèse comme une autre que je soumets
à ton esprit critique. Et je te suggère de lire attentivement tous les prérequis
que les sociobiologistes proposent comme lois ou éléments
objectifs en prélude à leurs réflexions: tu constateras qu'il y a bien peu de
science chez les sociobiologistes et beaucoup de notions plus de discutables en
guise d'énoncés. (Je sais un petit peu de quoi je parle en génétique et
comportements, j'ai tout de même quelques notions
élémentaires).
Bien à toi mon cher bright, mes meilleures
salutations
Ta dévouée
Sûryâ Satjadith
Krishnan
Médecin neurobiologiste, interne en
psychiatrie
Associée Fabula - membre d'International
Rationalist